Une île, deux terres et beaucoup de charme
Philippe Papineau
Pas simple pour la Guadeloupe, à travers les fortes vagues de l’économie mondiale du moment, de faire compétition avec des destinations soleil fast-food. Pourtant, en plus d’avoir des plages à ne plus savoir quoi en faire, l’archipel français a maints atouts dans son jeu, à commencer par la richesse de son paysage et son charme inné, parfaits pour les amateurs d’écotourisme.
Un petit territoire d’à peine 1700 km2 peut-il vraiment montrer de nombreux visages? Il suffit d’y passer quelques jours pour découvrir une réalité frappante : la Guadeloupe n’est pas faite d’un bloc. Elle sait se faire luxuriante autant que dépouillée, escarpée comme plate, urbaine comme paysanne.
C’est que l’île en forme de papillon se divise en fait en deux ailes distinctes séparées par un mince bras d’eau. Du côté de l’Atlantique se trouve la quasi-plaine au sol calcaire de Grande-Terre ; du côté de la Mer des Caraïbes se situe Basse-Terre, plus sauvage, couronnée d’un… volcan. Déjà, ça diverge. Et c’est sans compter le Grand Cul-de-Sac marin, vaste et riche lagon situé entre les deux morceaux de terre, où la mangrove est reine.
Grande-Terre
Cliquons sur le petit logo « + » de notre carte géographique, et zoomons sur Grande-Terre. C’est le versant Sud de cette partie de la Guadeloupe qui est sûrement la plus connue. On peut y trouver Pointe-à-Pitre, la capitale, porte d’entrée des visiteurs arrivant par avion.
Passage obligé du vacancier ? La charmante côte bordée de plages de la ville du Gosier, juste à la sortie de Pointe-à-Pitre. C’est sur cette longue ligne droite sablonneuse que se trouvent les grands hôtels et les « tout inclus ». Les villages du coin ne sont toutefois pas sans attrait et l’excursion jusqu’à la Pointe des Châteaux, l’extrémité Est de l’île est des plus agréables.

© MDLF/PHOVOIR
Exemple. À 15 minutes de voiture du Gosier, si vous évitez un des pas si rares bouchons de circulation, vous croiserez Sainte-Anne et son marché local, ouvert tous les jours. Là comme dans l’ensemble de l’île, on ne s’y sent pas comme la proie des marchands. Au contraire, on engagera la conversation, sans arrière-pensées et sans presse. « Y’a pas d’soucis! », répètent d’ailleurs sans cesse les Guadeloupéens. Côté achats, fruits, épices locales (Colombo, graines à roussir), confitures et du rhum aromatisé pour les fous et les fins feront le bonheur des gourmands.
Les palmiers disparaissent peu à peu sur la route de la Pointe des Châteaux. Au bout, le vent est fort et la mer se fracasse contre les rochers. C’est brut, mais terriblement beau. Pour s’en remettre, ou pour se rafraîchir de l’humide et chaude température, on s’offre volontiers un sorbet de goyave ou de coco, concocté par des vendeurs itinérants.
Le dépaysement se poursuit dans le Nord de Grande-Terre, marquée par le commerce de la canne à sucre. On croise quelques éoliennes, et on débouche sur les époustouflantes falaises de la Pointe de la Grande Vigie, la partie la plus au Nord de la Guadeloupe. Encore du brut, ce choc entre l’eau et la roche.
Et dire qu’il suffit simplement de rouler un peu sur les belles routes de l’île et de s’approcher de Basse-Terre pour changer de galaxie. Que dire, changer d’univers. Partez à la découverte de l’autre Guadeloupe, à la verdure foisonnante, et à la topographie, accidentée…
Basse-Terre
Notre phare sur Basse-Terre : le volcan de la Soufrière, encore actif, qui s’élève à près de 1500 m. Bref, si le mollet du marcheur avait été jusque-là épargné, ici il devra se réchauffer un peu, surtout si l’escalade du volcan ou une excursion dans le parc national est envisagée.
Les nuages s’accrochent souvent au sommet de la Soufrière, ce qui explique en partie pourquoi l’aile Ouest de la Guadeloupe est beaucoup plus arrosée, et donc mieux irriguée. On peut même y trouver des cascades – impensable sur Grande-Terre –, dont certaines très courues, comme la Cascade aux Écrevisses ou la Cascade du Carbet. Des guides locaux connaissent toutefois quelques endroits merveilleux situés hors des sentiers battus. L’éblouissement en vaudra l’effort supplémentaire.
Archipels et terre colorée
Une simple balade sur les routes guadeloupéennes saura aussi séduire les voyageurs. Les couleurs sont frappantes et variées, souvent pastel. Oubliez les maisons monochromes : ici, le toit peut être rouge, les murs bleus, les volets jaunes, la porte mauve… et on change tout la maison suivante! Les murales et les fresques sont aussi nombreuses, mais pas autant que les publicités, qui envahissent littéralement le réseau routier.

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Comme si l’île principale n’était pas assez foisonnante en paysages, la Guadeloupe offre aussi aux visiteurs son archipel, dont les principales destinations sont Marie-Galante et Les Saintes. Ce dernier îlot, renversant de beauté et de calme, se classe parmi les plus belles baies du monde. Un travailleur de l’île nous confiait que si la Guadeloupe est le paradis, Les Saintes, « c’est le paradis du paradis ».
Mélangeant les lois et les infrastructures de l’État Français aux traditions et à un certain laissez vivre ancestral, la Guadeloupe se révèle finalement comme une île riche, unique et accueillante, dont on peut profiter les pieds dans l’eau, mais qui mérite surtout qu’on la parcourt le sac à l’épaule.


